Cuisine et zen
Un lien intime unit la pratique du zen et la vie quotidienne
dimanche 23 avril 2006
En effet, ce qui est important, c’est l’esprit d’éveil dans lequel la nourriture est donnée : ce qui nourrit, c’est une nourriture spirituelle, autant que la substance des aliments. Dans un temple zen, la cuisine est le hara du temple ; dans la vie quotidienne, on peut aussi dire qu’elle est le hara de la vie familiale. Son influence est profonde, bien au-delà de l’aspect matériel des choses, à travers les émotions, la dispersion, le relâchement ou le stress, ou à l’inverse par la joie profonde de la pratique, la vigilance du zazen, l’esprit de don.
S’il est important que la composition des menus respecte des principes de base diététiques et énergétiques, comme la connaissance des aliments qu’on peut ou ne peut pas associer, l’harmonie avec l’esprit de la Voie, avec la réalité du moment,est tout aussi importante.
Ce qui va nourrir, ce n’est ni la pratique, ni la connaissance exclusivement, mais une sorte d’alchimie entre les deux. La Voie spirituelle est une voie d’équilibre : la négligence n’est pas juste, mais trop de soin, trop d‘attachement, n’est pas une attitude juste non plus.
En fait, c’est laisser toute la place à la sagesse intuitive de la pratique, qui permettra de s’harmoniser pleinement avec l’imprévu et le vécu de l’instant : comme le disait Maître Deshimaru « inconsciemment, naturellement, automatiquement ».
Les « menus zen » sont simples, ils reflètent l’enseignement spirituel du zen.
La simplicité, cela veut dire peu d’ingrédients à chaque repas : ainsi chacun apportera son énergie propre, son goût particulier, unique, s’exprimera mieux. Cela est particulièrement vrai en hiver où la variété des produits est plus limitée.
Quand on prépare un repas pour un grand nombre, on se basera sur des recettes que l’on a déjà pratiquées et ajustées du point de vue des quantités ; cette maîtrise donnera la liberté de créer avec l’imprévu, de prêter attention à ce qu’il y ait juste ce qu’il faut pour chacun, en dehors de toute peur du manque.
Dans le zen, celui qui mange prête attention à ce qui lui est donné, mais sans jugement, dans un esprit d’ouverture, et il s’harmonise avec les autres. Ainsi, le repas, dans les temples zen, suit un rythme bien précis qui soutient la concentration, et les repas sont pris en silence. L’ouverture, cela signifie que si dans sa vie personnelle on a fait un choix plutôt bio, ou végétarien, quand on est invité on mangera de tout. C’est important de conserver cette capacité de tout recevoir, de tout manger, comme le faisait le Bouddha qui acceptait même la viande dans son bol. La réalité et la nature transcendante de la pratique s’expriment aussi comme cela : la reconnaissance pour ceux qui ont permis à ce repas d’être là, la capacité de tout recevoir sans peur, sans jugement, et l’esprit de partage dans cette réalité de l’instant, précieux et qui ne reviendra jamais.